02.02.2009

Deux textes de Jean Baud

Mondialisation oblige : l’Enseignement Technique français est placé devant deux défis :

1/ Exploiter le gisement de créativité qu’il est

Ou va l’Enseignement Technique français ? Au vu de l’évolution de notre déficit commercial on ne peut que s’interroger !

Certes si l’examen de ce seul indicateur qu’est le déficit commercial ne permet pas d’augurer du futur bien-être des Français, il appelle toutefois à nous préoccuper sérieusement quant au manque de compétitivité de notre industrie, particulièrement à l’adresse de nos PMI. Leur faible taille en terme d’emplois, contrairement à leurs homologues allemandes, les limite drastiquement dans leurs investissements avec pour conséquence directe la part d’innovation réduite à la portion congrue.

Dans un tel contexte où va l’Enseignement Technique ?

On le sait ses bataillons d’élèves ont alimenté avec bonheur les effectifs de nos entreprises et ce durant plusieurs décennies : Résultat la France pouvait encore au début de la décennie 90 se targuer d’être le 4ième pays exportateur et le 2ième en matière de biens d’équipements (voir…) .Les « Quatre  dragons » sévissaient alors mais la Chine s’éveillait.

Aujourd’hui cet immense pays est présent sur tous les marchés avec le succès que l’on sait et l’Allemagne, notre principal pays d’échanges mène une politique salariale agressive qui lui réussit mais qui plombe dangereusement notre balance commerciale sur le marché européen y compris notre marché intérieur.

L’Enseignement technique français peut-il ignorer cette évolution. Doit-il s’orienter vers la seule satisfaction des besoins liés aux activités de services ? Certes les lycées du tourisme sont assurés d’un bel avenir mais qu’en sera-t-il de ceux censés alimenter les filières technologiques. ?

Comment imaginer que la France abandonne toute ambition en matière de lutte contre la dégradation de son solde industriel (hors énergie) ! Bien au contraire la production des biens industriels, principal secteur, appelle une attention urgente et soutenue, attention pour laquelle l’Enseignement Technique ne peut être absent. La tentation pourrait être grande en effet à la lumière des chiffres du déficit commercial (27 milliards pour 2005, 28 pour 2006, 39 pour 2007) de laisser se dégrader son potentiel de formations en ce domaine.

La réponse appartient aux plus hautes instances dirigeantes mais elle implique aussi l’affirmation d’une volonté de réaction dans les rangs même du système éducatif et ce par le moyen d’une stratégie résolument tournée vers l’offensive.

Les rapports entre pays ayant changé notre système de formation aux techniques de production - qui reste excellent et donc compétitif pour l’essentiel- doit lui aussi changer et ce sous un angle que l’on ne peut plus ignorer : Celui de la culture de l’innovation.

Les nouveaux flux nous montrent qu’à présent la conquête des parts de marché passe par la créativité !Or il se trouve que notre système de formation actuel, sans doute fort de son riche passé et de ses succès acquis dans l’art de rationaliser les productions, s’est laissé surprendre dans la course effrénée à la formation d’esprits curieux et créatifs (comme d’esprits entreprenants).

Il est encore temps de réagir d’autant que l’Enseignement Technique peut compter sur l’œuvre de pionniers qui, contre vents et marées tout au long de son évolution ont permis qu’en son sein naissent et subsistent quelques initiatives en ce domaine (on le verra à la lumière des exemples cités en annexe).

Le pari, et c’est bien d’un pari qu’il s’agit, n’est pas perdu d’avance. L’Enseignement Technique français constitue en effet un véritable gisement de compétences et de moyens. Nombreux sont en effet les professeurs dotés d’une solide formation et qui plus est, sont animés d’une réelle motivation pour développer et exercer avec leurs élèves et/ou étudiants (Bac+2) leur appétence à la créativité.

Enfin le viviers qu’il constitue est en lui-même une source considérable de créativité pour peu qu’il soit exploité. (La corrélation entre jeunesse et créativité n’est plus à démontrer).

Le contexte administratif permet une telle orientation. Ce n’est pas rien quand on sait le frein qu’il peut représenter dans notre pays. En effet la loi sur la recherche, dite Loi Claude Allègre, comprend le paragraphe suivant :

Le lycée Monge de Chambéry n’est pas étranger à ce paragraphe, les initiatives qu’il a prises tout au long des décennies 70- 80-90 l’ont amené à participer par le biais de son chef des travaux aux travaux d’une commission qui réunissait sous la houlette de Bernard DECOMPS, alors directeur du MRT (Ministère de la Recherche et de la Technologie) les représentants des principales instances de recherche tant publiques que privées.

Ce paragraphe qui en résulte devait être suivi d’un certain nombre de dispositions dans le but de permettre aux professeurs volontaires d’affirmer leur engagement (mode de rétribution, prise en compte dans la carrière….

Cette deuxième partie reste à faire. C’est sans doute elle qui permettra le sursaut technologique attendu.

Le lycée technologique Monge est un lycée qui s’est engagé très tôt dans la relation école-entreprise. Les nombreuses initiatives qu’il a prises tournées pour l’essentiel vers l’incitation à la volonté d’entreprendre l’ont amené aussi à développer la capacité de créativité tant des élèves et étudiants que celle de leurs maîtres.

Il s’est attaché en priorité à substituer aux travaux dits, pédagogiques des élèves, des travaux à caractère réel destinés soit à des particuliers soit à des entreprises. Il ne faisait alors que répondre aux recommandations de l’Inspection Générale mais il le faisait avec conviction. Il acquit donc très vite une renommée d’établissement pilote en ce domaine. Nombreux sont les articles de presse dont ceux du Monde de l’Education qui en témoignent.
Un exemple : les planches à dessin et par la suite les ordinateurs des BTS concepteurs de produits industriels étaient couverts de projets à destination d’entreprises clientes. Idem en BTS construction métallique d’où est sorti un procédé original breveté de maillage pour constructions tridimensionnelles, brevet cédé sous licence, mis en œuvre par une entreprise à l’occasion de couvertures de gares de péage et de la piscine de Chambéry.

Pour aller plus loin, belle initiative de créativité en elle-même, le lycée Monge a crée en 1984 et 1985 à la faveur des possibilités qu’offraient les FCIL (Formation Complémentaire d’Initiative Locale) deux formations à BAC + 3 :

-la formation Proto

-la formation composite

La formation Proto avait pour but de permettre aux PMI de la Savoie, trop souvent cantonnées dans le domaine de la sous-traitance, d’évoluer vers une entreprise majeure proposant ses propres produits. Elle réunissait pour cela sur un site non scolaire, en l’occurrence le Technopôle de la Savoie, Savoie Technolac, une vingtaine d’étudiants dotés d’un BTS ou d’un DUT dans différentes spécialités (entre douze et quinze. Ceux-ci réunis en binômes étant mis à la disposition des entreprises. Les résultats brillants de cette formation ont intéressé la DATAR qui après audit a souhaité développer le concept. Il existe aujourd’hui plusieurs instituts de créativité industriels tel celui de Savoie Technoloc, l’IDPI qui a succédé à la formation Proto et qui sous la coupe de l’Université de Savoie et du Lycée Monge délivre une licence professionnelle, tel aussi l’ICI (Institut de Créativité Industrielle) de Saint Nazaire. Les nombreuses innovations que permettent ces formations sont bien sûr à l’origine de nombreuses protections industrielles.

La Formation en Matériaux Composites sur Savoie Technolac est devenu le centre Compositec, un des tout premier dispositif d’appui à la filière Matériaux Composites française. Il propose toujours une formation initiale (de niveau 2), une formation continue et de nombreuses prestations de service aux entreprises.

En 1990 le lycée Monge en partenariat avec le Conseil Général de la Savoie, principal acteur du Technopôle, a réuni une trentaine de professeurs représentant alors ce dont l ‘Enseignement Technique disposait en matière de professeurs créateurs de produits ou d’entreprises. Cette première réunion riche de potentialités n’a pas été reprise comme prévu, les années suivantes.

Rassembler les initiateurs, recenser les initiatives sont sans doute les moyens qu’il faudra mettre en œuvre si notre Enseignement Technique souhaite évoluer vers ces deux voies : développer l’esprit d’entreprendre et l’esprit d’innovation.

2/ Susciter l’esprit d’entreprendre.

Quelle place pour l’esprit d’entreprise dans notre Education ?

Je souhaite à présent évoquer une autre aptitude, liée elle aussi à l’état de jeunesse , la faculté d’entreprendre.

Notre système éducatif qui ne laisse aujourd’hui guère de place à sa prise en compte au sein même de son Enseignement Technique a réagit récemment en prenant en direction des collèges deux initiatives, heureuses, de nature à développer, chez l’adolescent une initiation à la culture économique et un éveil au développement personnel de l’esprit d’initiative : il s’agit de l’option DP3 et du pilier 7 du tronc commun.

Ces initiatives récentes s’adressant à de jeunes élèves, et avant toute orientation, répondent bien

Aux besoins de développement de ces capacités. C’est un pas en avant considérable ; nous devons nous mobiliser pour en assurer le plein succès.

Qu’en est-il pour les élèves/étudiants engagés dans les filières de l’enseignement technique ?

Ils sont porteurs de germes propices à la création de ces entreprises dont notre pays a particulièrement besoin. Celles dont l’activité s’appuie sur des connaissances technologiques que seuls l’enseignement technique et l’apprentissage dispensent.

Il est donc particulièrement important de provoquer chez ces jeunes aussi « le goût d’entreprendre » ne serait-ce que par touches réparties tout au long de leur scolarité.

Or, même si des lycées, de leur propre initiative, développent la relation Ecole /Entreprise il est courant de constater que des élèves/étudiants peuvent suivre leur cursus (souvent 5 ans) sans avoir beaucoup d’informations quant au monde de l’entreprise qui les attend et encore moins quant aux possibilités de création de « leur » entreprise.

Il est pourtant capital de prévoir le renouvellement de ces entrepreneurs issus de l’enseignement technique ou de l’apprentissage qui ont pu, de leur propre initiative, constituer le tissu de petites et quelque fois moyennes, entreprises sur lequel s’appuie en grande partie la puissance économique de la France. Et nul n’est mieux prédisposé que ce type d’élève/étudiant pour créer ce type d’entreprise.

De la même façon que pour l’article consacré à la créativité je renvoie le lecteur à la découverte en annexe d ‘une expérience conduite 15 années durant au lycée Technique Monge de Chambéry visant à développer l’esprit entrepreneurial.

Cette expérience est reprise aujourd’hui dans plusieurs lycées de Savoie avec l’aide de l’AFDET Savoie et de l’UDISS (Union des Ingénieurs et Scientifiques des Savoie) sous l’appellation : Séminaires de motivation.

Mise en œuvre pour des niveaux allant du CAP au BTS (Expérimentée aussi avec succès en école d’ingénieurs), elle permet très efficacement tout à la fois aux jeunes élèves/étudiants de découvrir le parcours d’entrepreneurs, mais aussi l’Entreprise et de développer singulièrement leur motivation envers leurs propres études..

« Fini alors le cas de ces BTS chaudronniers qui vont manutentionner à l’hypermarché du coin : the right man in the right place »

Jean BAUD

 

Chef des Travaux honoraire du L. T. MONGE

 

Président de l’UDISS et Vice-Président de l’AFDET Savoie

 

Annexe

AFDET Section Savoie

Fiche-projet pour l’organisation de séminaires :

« Connaissance de l’entreprise »

à l’intention des élèves de l’enseignement technique

Raison d’être de ces séminaires :

Le manque d'intérêt en France pour les filières technologiques entraîne la désaffection des jeunes pour les études scientifiques et techniques et coûte cher au pays.

Le mal existe également au sein même de l'Enseignement Technique français, là où l'on pourrait espérer pouvoir disposer d'un vivier de recrutement constitué de jeunes bien formés et enthousiastes à l'idée de s'investir dans le métier pour lequel ils se sont formés. Or, on y trouve des jeunes non motivés éprouvant une crainte (on peut même parler de peur) de travailler en entreprise et qui n'hésitent pas à s'engager dans des voies totalement étrangères à celles préparées durant trois à cinq années d'études ( Exemple bien connu en Savoie de BTS Chaudronniers s'engageant comme perchistes dans les stations de sports d'hiver).

Bien sûr et fort heureusement, ce constat ne s'applique pas à la totalité des élèves de l'enseignement technique, ce qui fait que cet enseignement continue à alimenter avec une certaine réussite ateliers, laboratoires, bureaux d'études.

Objectif du séminaire :

Ce séminaire a un double objectif :

-faire connaître l’entreprise à travers le témoignage d’hommes ou de femmes responsables de différentes fonctions (Recherche, Production, SAV, Marketing, Management, Finance …)

-augmenter la motivation des élèves, ou des étudiants, pour s’engager dans la voie professionnelle à laquelle leurs études les préparent, et indirectement pour leurs études elles-mêmes, en leur montrant les multiples aspects valorisant de l’entreprise.

Comment ? En réunissant durant deux journées sur un site non scolaire, de préférence en zone rurale, une classe ou une section (maximum 30 élèves ou étudiants) et en faisant intervenir à tour de rôle, pendant une heure à une heure trente, une douzaine d'intervenants représentant les principales fonctions de l’entreprise (grande, moyenne, petite ou très petite).

Participants

Les participants appartiennent à une même classe (Bac PRO, BTS par exemple) ou à une même promotion d’élèves ingénieurs ou d’élèves préparant un IUT.

Programme

Rencontre et échanges avec les intervenants des différents domaines de l’entreprise dont :

Recherche et Développement, Etudes,

Production, Maintenance, Service après-vente (SAV)

Marketing, Vente, Exportation, Relations internationales,

Gestion et Comptabilité,

Ressources Humaines,

Management de l’entreprise.

Création d‘entreprise et esprit entrepreneurial

Intervenants

Les intervenants, homme ou femme, ont une expérience réussie en entreprise (grande, moyenne, petite ou très petite) dans l'un des domaines du programme d'étude du groupe séminaire. Ils apportent le témoignage de leur expérience et racontent leur parcours tout en donnant les grandes lignes de leur secteur d’activité. Ils peuvent aussi être des anciens élèves de la filière.

Le profil idéal de l'intervenant est un homme ou une femme ayant déjà une bonne amorce de carrière ou une carrière accomplie après un début, c’est un plus, au même niveau que celui auquel les "séminaristes" peuvent postuler. L'intervenant doit être enthousiaste, très volontaire pour témoigner de son expérience et raconter son parcours tout en donnant les caractéristiques essentielles de son domaine de compétence.

Organisation

Durée : 2 jours

Nombre de participants : 30 maximum

Lieu : Site non scolaire en zone rurale

Equipe pédagogique : Membres de l’établissement scolaire(ou universitaire) et responsables de secteurs d’activité de l’entreprise. elle est dotée d'un leader qui sera le responsable de l'organisation et l'animateur, le "monsieur Loyal", lors des interventions.